Pratique et cheminement individuel dans la Franc-maçonnerie
Conférence présentée à Montréal, le 15 novembre 2005
Lors de leur dernière conférence, on vous a parlé du rôle très actif des femmes dans le développement de la Franc-maçonnerie, ainsi que de l’histoire de la Franc-maçonnerie mixte du Droit Humain et de son développement au Québec. Nous fêtons, en effet, cette année le 25ème anniversaire de la création du Droit Humain au Canada. Cet anniversaire est à la fois pour nous une occasion de faire le point sur notre cheminement au Canada, dans la Franc-maçonnerie du Droit Humain, et de nous ouvrir davantage à la compréhension du monde profane, car nous ne sommes ni un club privé réservé aux élites, ni une secte, ni un lobby défendant des intérêts financiers.
Dans le petit livre «Que sais-je ?», consacré à «L’Ordre Maçonnique Le Droit Humain», l’auteure, Mme Andrée Prat, déclare : «L’Ordre Maçonnique Mixte International Le Droit Humain est avant tout initiatique. Son but est de promouvoir toute recherche philosophique, morale, spirituelle et sociale. Le maçon a le devoir de travailler sur lui-même et sa recherche consiste à améliorer son être intérieur.»
En effet, notre quête est avant tout initiatique, car la Franc-Maçonnerie est une école initiatique. Notre recherche est à la fois individuelle et collective. D’une part, elle vise un épanouissement de la personnalité de chacun et une amélioration de son comportement dans la société, respectant les principes fondamentaux de Liberté, d’Égalité, de Fraternité et de Tolérance ; nous appelons symboliquement cela «tailler notre Pierre». D’autre part, chaque Franc-Maçon se doit de rayonner et de mettre en pratique, dans sa vie quotidienne et au service de la société, les principes qu’il a acquis pendant nos réunions, au cours de ses initiations et de son vécu maçonnique.
Pour cela nous disposons de plusieurs outils : les initiations et tout leur contenu à la fois mythique et symbolique ; le rituel, qui nous oblige à adopter une certaine forme de discipline et de rigueur dans les discussions et le déroulement de nos travaux ; l’écoute, l’ouverture d’esprit et la tolérance à toutes formes d’opinions ; et enfin le respect et la mise en pratique des principes de Liberté, d’Égalité et de Fraternité, comme nous l’avons vu plus haut.
Tout cela pourrait se résumer à quelques questions auxquelles nous nous efforcerons de répondre tout au long de cette causerie :
Lorsqu’une personne désire rentrer dans la Franc-maçonnerie , ses motivations varient très souvent selon les individus : curiosité, désir de s’améliorer, de progresser dans la connaissance de soi, de travailler en groupe, de partager des idées ou un idéal, intérêt pour le symbolisme à l’intérieur d’une démarche initiatique, travailler au progrès de la société dans laquelle il vit, etc1⁄4 Pour ma part, le cheminement initiatique et le symbolisme m’attiraient particulièrement ; d’autre part, la perspective de travailler en mixité m’intéressait, car c’était pour moi une occasion de vivre dans une optique différente un autre type d’expérien-ce, que celui que je connaissais déjà dans la vie de chaque jour. Mon frère ici-présent peut, je pense, vous parler de ses propres motivations, qui seront probablement différentes des miennes. (1⁄4) Diversité dans les motivations donc, et il en va de même pour chacun. Je suis convaincu que si on vous demandait d’exprimer les raisons de votre participation à cette causerie, on ne pourrait que constater la grande variété de vos motivations.
D’autre part, la grande diversité d’individus, de races, de cultures, d’opinions, de caractères constitue à mes yeux une des principales ressources de la Franc-maçonnerie , car elle nous permet d’élargir notre horizon personnel, de travailler notre esprit de tolérance, en nous enrichissant les uns par les autres, notamment au niveau de l’ouverture du cœur. En effet, nous ne cherchons pas dans la Franc-maçonnerie l’acquisition de nouvelles connaissances intellectuelles : c’est le domaine des écoles et des universités. Nous n’y cherchons pas non plus des profits matériels et financiers. La quête se situe sur un tout autre plan. Il s’agit pour nous, dans notre langage symbolique, de «tailler notre pierre», afin qu’elle puisse s’insérer, le plus harmonieusement possible, dans l’édifice social des hommes et des femmes de bonne volonté, libres et de bonnes mœurs. Car nous aspirons à une société plus libre de toutes les dépendances, dans lesquelles nous entraîne le monde contemporain, plus égalitaire, face à la loi et à la répartition des ressources économiques et sociales, plus fraternelle également en ce qui concerne la compréhension de notre prochain, quel qu’il soit.
Mais quels outils la Franc-maçonnerie met-elle à notre disposition, pour nous amener à «tailler notre pierre» ? En citant cette dernière expression, «tailler sa pierre», j’utilise un symbole. Sur le fronton de certains Temples maçonniques figure parfois l’avertissement suivant : «Ici, tout est symbole». Dans le rituel Émulation, la Franc-maçonnerie se définit comme «un système particulier de morale, voilée par l’allégorie et illustrée par des symboles».
Mais qu’est-ce qu’un symbole ?
Le mot «Symbole» vient du grec « sumbolon », qui désignait un signe de reconnaissance, formé par les deux moitiés d’un objet brisé qu’on rapprochait. Par extension, le symbole est devenu un signe figuratif, être animé ou chose, qui représente un concept, une idée, qui en est l’image, l’attribut, l’emblème. Par exemple, «la Pierre que nous devons apprendre à tailler, l’équerre, le compas, etc.» Autre définition du symbole : il est la représentation figurée, imagée, concrète d’une idée, d’une notion abstraite. Par exemple, le Soleil, la Lune, les Étoiles.
Le courant psychanalytique nous a amené à prendre conscience que le symbole était le langage de l’inconscient. Lorsque nous rêvons, les images de nos rêves constituent le message symbolique que nous envoie notre inconscient par rapport à notre vécu quotidien. On pourrait définir l’inconscient comme étant le domaine du psychisme ou l’ensemble des phénomènes psychiques qui échappent à la conscience et qui influent sur notre comportement. Par exemple, nos mécanismes physiologiques (respiration, circulation sanguine, digestion ), nos actes manqués, nos lapsus, les personnages qui apparaissent dans nos rêves, nos comportements négatifs et répétitifs qui nous poussent à agir souvent contre notre intérêt, etc1⁄4 Il est le vaste réservoir de tous les souvenirs de notre vécu depuis notre naissance. Son existence a été mise en évidence par Freud, Jung et toute la lignée des psychanalystes.
Selon C. G. Jung, notre imaginaire plonge ses racines au plus profond de notre inconscient. Le symbole a cette propriété exceptionnelle de bâtir un pont entre conscient et inconscient. Il a cette faculté de synthétiser, de résumer toutes les inter-réactions de l’inconscient et de la conscience, des forces instinctives et spirituelles, en conflit ou en voie de s’harmoniser à l’intérieur de chaque être humain. C’est pourquoi il échappe à toute définition et son interprétation n’a d’autres limites que celles de notre imagination. En d’autres termes, lorsque vous interprétez un symbole, vous ne pouvez pas dire de bêtises ou vous tromper, si vous êtes correctement reliés à votre ressenti intérieur. Le symbole peut être comparé à un cristal, renvoyant différemment la lumière selon la facette qui la reçoit.
Un petit exercice d’interprétation symbolique pour ceux qui désirent en faire l’expérience.
Conclusions : les interprétations différent selon les personnes, mais se rejoignent quelque part et s’enrichissent mutuellement les unes par les autres. D’autre part, elles nous parlent de nous, de notre vécu le plus intime et peuvent nous révéler parfois certains côtés de notre personnalité que nous ignorions. Il ne faut donc pas s’étonner si la Franc-maçonnerie utilise abondamment cet outil au cours du cheminement initiatique qu’elle nous propose.
Un autre outil fondamental, c’est le rituel. Comment pourrait-on le définir ? C’est un texte décrivant l’ensemble des règles qui fixent le déroulement d’une cérémonie initiatique et (ou) symbolique. Il détermine les paroles, les gestes et les objets, qui constituent un ensemble symbolique, ayant une signification initiatique pour les Franc-maçons. Par exemple, nous commençons nos travaux par un rituel d'ouverture et nous les terminons par un rituel de fermeture.
L'ensemble de ces gestes et de ces paroles constitue un cérémonial essentiellement symbolique que nous répétons fidèlement lors de nos Tenues. Le symbole, étant le langage de l'inconscient, ce rituel nous permet de nous connecter avec notre partie la plus intime, d'éveiller notre imagination par sa puissance évocatrice et de créer un climat d’harmonie, propice aux échanges qui vont suivre.
Le rituel, se répétant d'une cérémonie à l'autre, toujours identique à lui-même, peut comporter un aspect contraignant pour certains d'entre nous. Mais cette contrainte nous permet de mieux nous centrer sur le plan physique, émotif, intellectuel, voire spirituel. Par exemple, certains gestes nous obligent à prendre conscience de notre corps, à discipliner l'expression de nos émotions et de notre pensée. D'autre part, cette contrainte comporte un aspect libérateur, dans la mesure où elle nous oblige à laisser toutes nos préoccupations, nos soucis, notre stress à la porte du temple.
De plus, le rituel nous permet parfois, d'atteindre un niveau d'énergie beaucoup plus élevé que celui dans lequel nous vivons quotidiennement. Cela explique bien la raison pour laquelle il est pour nous une condition nécessaire, nous permettant de passer de l'espace «vie quotidienne» à l'espace particulier de nos travaux.
Il a également un aspect unificateur dans le sens où il constitue un mode d'expression commun à tout le groupe : nous portons tous les mêmes insignes, nous participons tous à la même cérémonie, nous communions tous dans la même énergie. Toutes nos distinctions sociales sont ainsi abolies.
Cependant le rituel n'est pas un dogme, son contenu symbolique amène les uns et les autres à le vivre d'une manière différente en fonction de leur imaginaire, de leur vécu et de leur expérience initiatique. Il constitue ainsi pour nous un Fil d'Ariane qui peut nous conduire au centre de notre labyrinthe intérieur, par la méditation personnelle des symboles qu'il recèle.
En ce qui me concerne, le rituel évoque l'image d'une spirale nous permettant de nous élever insensiblement vers des niveaux plus subtils d'énergie. Il nous amène à créer progressivement un espace sacré en dehors du temps profane, tout en respectant la manière et le rythme de chacun.
Toutefois, dans notre démarche initiatique, il est insuffisant : il doit être complété par les initiations, par les planches (ou exposés sur des sujets symboliques ou sociaux) et par les échanges qui suivront. La présence des autres et le partage de ces moments privilégiés sont indispensables dans notre cheminement. Je cite un frère, qui déclarait au cours d’une tenue : «Se créer soi-même n'est intéressant que si les autres en profitent.»
Pour le futur Franc-maçonnerie que nous appelons «Néophyte», tout commence par l’Initiation. En latin, «initium» signifie «commencement, début» ; mais ce mot désigne également «les mystères». De quels mystères s’agit-il donc ?
Vous devez bien vous en douter, je ne vous révèlerai pas le contenu de nos initiations. Mais j’essaierai de vous en donner une vision approximative et compréhensible. En termes simples, le terme «d’initiation» désigne la cérémonie l’admission d’un nouvel apprenti dans le groupe, et. Il s’agit d’un rituel au cours duquel, le néophyte va vivre une espèce de psychodrame symbolique. Qui dit psychodrame, dit épreuves : pour l’essentiel, elles sont symboliques. Durant cette cérémonie, le (ou la) néophyte est mis en présence d'une foule de symboles, dont certains resteront présents dans sa mémoire, mais dont beaucoup demeureront enfouis dans les profondeurs de son subconscient, parce qu’il (ou elle) les aura momentanément oubliés. On lui fait également exécuter certains gestes, mystérieux pour des personnes extérieures à la Franc-maçonnerie , dont la signification est, elle aussi, symbolique. De plus, on lui a fait promettre de garder secret tout ce qu’il vient de vivre ou vivra dorénavant en Loge, et de ne jamais révéler le nom d’une soeur ou d’un frère.
Mais, pourrait-on demander ironiquement, à quoi riment toutes ces simagrées ?
«Connais toi toi-même et tu connaîtras l’Univers et les Dieux!», avaient pour coutume de dire les Pythagoriciens. Qui suis-je ? D’où viens-je ? Où vais-je ? Telles sont les trois questions fondamentales que se pose l’être humain, depuis la nuit des temps. Un des buts de l’initiation est de donner au néophyte les outils lui permettant, par son travail et sa méditation, de répondre à ces trois questions. En d’autres termes, l’initiation vise à favoriser les possibilités de réalisation de tout être (homme ou femme), qui a la volonté de travailler à l’épanouissement harmonieux de ses potentialités physiques, émotives, intel-lectuelles, voire même spirituelles. Être initié, c’est renaître autrement à soi-même, changer sa perspective, afin de prendre conscience non seulement des apparences qui nous entourent, mais également de la nature profonde des choses. C’est aussi s’engager sur le chemin qui doit progressivement nous conduire vers l’unification de toutes nos potentialités intérieures, telles que nous les avons mentionnées plus haut.
C’est pourquoi la cérémonie de l’initiation fait vivre au candidat une série de mises en situation, qui visent à frapper son imagination, à l’extraire de son quotidien, afin de l’amener à se poser les questions fondamentales dans une recherche dynamique de la Vérité, de sa propre vérité intérieure. D’où l’utilisation abondante de l’allégorie et des symboles dont le pouvoir puissamment évocateur a pour but de générer une réflexion profonde au niveau de son subconscient tout d’abord, puis de sa conscience.
C’est le début du chemin, la mise en route. À partir de là va commencer le véritable travail maçonnique. Il est individuel et nécessite effort, courage, lutte et persévérance. C’est un cheminement dynamique, des remises en question quotidiennes, un état d’instabilité souvent inconfortable, mais nécessaire à l’éveil de la conscience. En d’autres termes, voilà ce que représente l’action de «polir sa Pierre». Sans un tel labeur, toute Initiation demeure vaine.
On a fait promettre le secret sur tout ce qu’il vient de vivre au nouvel Initié. Les adversaires de la Franc-maçonnerie se sont souvent servis de cela, pour dresser de nous un portrait peu flatteur, en nous assimilant à une secte, voire même à une mafia. En fait, le secret de l’évolution de chaque être humain est incommunicable à autrui. Quant à nos rituels, suffisamment d’ouvrages ont été publiés sur la Franc-maçonnerie , pour en divulguer le contenu au profane curieux qui désirerait s’instruire. Mais je déconseillerais à quiconque, désirant s’engager sur le chemin initiatique, d’aller chercher dans un livre l’essentiel de ce qu’il est appelé à vivre au cours de son Initiation. Car il limiterait ainsi sérieusement la portée bénéfique de cette importante cérémonie pour son évolution maçon future. Quant à l’engagement de ne pas révéler les noms de frères ou de soeurs, les persécutions dont nous avons déjà été victimes sous les régimes nazis, fascistes, dictatoriaux ou intégristes, justifie amplement une telle précaution. Il est à noter que, aujourd’hui encore, la Franc-maçonnerie est interdite de séjour dans beaucoup de pays du Magreb. Elle l’était, il n’y a pas si longtemps, en Union Soviétique et dans ses pays satellites. Pour conclure sur «le secret maçon», je dirais personnellement que la Franc-maçonnerie est beaucoup plus discrète que secrète, car les véritables secrets initiatiques ne sont communicables que par l’intermédiaire des symboles et du cœur, et non par la parole.
Sur le plan initiatique, la progression se fait en trois degrés : Apprenti, Compagnon et Maître. Le passage dans chaque degré peut durer environ de un à deux ans, parfois même davantage. Ce laps de temps tient compte avant tout du cheminement de chacun, de son assiduité aux réunions du groupe et de son apprentissage de l’utilisation de l’outil symbolique. Sur proposition de l’Assemblée et avec l’acceptation du candidat, le passage dans le degré supérieur sera marqué par une nouvelle Initiation, représentative des enseignements symboliques du degré.
Sauf exception, comme la présentation de certains travaux, l’Apprenti doit observer le silence durant les réunions. Ce refus du droit de parole peut lui paraître difficile au début ; il peut même le percevoir comme une brimade. Le but profond d’une telle règle est de lui apprendre à écouter : apprendre à écouter tout d’abord ce qui se passe en lui, son dialogue intérieur (il y a là matière à de fort intéressantes découvertes sur soi-même) ; apprendre aussi à écouter tout ce qui se dit dans le groupe au cours de nos réunions, avec tout ce que ça implique de tolérance, lorsqu’on entend une opinion contraire à la sienne, sans pouvoir donner son avis. Un tel processus, personnellement, m’a permis de prendre conscience que je préparais ma réponse, avant même que mon interlocuteur ait fini d’exprimer complètement son opinion, surtout si je ne partageais pas son idée. En fait, je n’écoutais pas vraiment ou 1⁄4j’écoutais surtout mon propre discours intérieur.
D’autre part, tout au long de son parcours, l’Apprenti est guidé par un Maître dans sa découverte du symbolisme maçon. Le rôle de ce Maître est particulièrement important, car il doit lui apprendre seulement à utiliser l’outil symbolique et non lui fournir des interprétations toutes faites. De plus, il est là pour susciter en lui un questionnement et l’aider à s’intégrer harmonieusement dans le cadre du rituel et de l’Atelier. Il s’agit d’amener chaque Apprenti à se prendre progressivement en charge, afin qu’il puisse devenir plus tard un Maître complètement autonome et responsable du bon fonctionnement de son groupe.
Au cours de son initiation au grade d'Apprenti, on demande au néophyte s'il est «né libre et de bonnes mœurs». Cette question, à première vue étrange, fait directement référence à l'ancien usage des corporations opératives, qui refusaient d'admettre dans leurs rangs des serfs ou des esclaves dont les mœurs, d'après les croyances de l'époque, étaient nécessairement corrompues, du fait de leur basse condition. Les temps ont changé. Mais cette question, n'en possède pas moins un sens profondément philosophique, toujours d'actualité.
En effet, la Franc-maçonnerie ne peut admettre en son sein des profanes qui demeureraient esclaves de leurs préjugés, étroitement asservis à leurs passions ou à leurs vices et refusant obstinément la libération que leur propose l'idéal Maçonnique. Car un des buts fondamentaux de l'Ordre vise à libérer l'Être Humain de ses chaînes, qu'elles soient physiques, émotives, mentales ou spirituelles. Tout l'appareil symbolique, l'outillage maçonnique, n'a d'autre fonction que d'amener progressivement l'initié à remettre en question, voire à transformer, sa vie quotidienne, à se détacher peu à peu de l'asservissement du matériel, pour renaître à la Conscience et ouvrir enfin ses yeux au soleil de sa vérité intérieure.
C'est un cheminement long, souvent pénible, semé d'embûches, mais toujours fructueux. Il conduit à la découverte de soi et des autres, vers un «plus être» en perpétuel devenir. «Un maçon libre» a compris qu'il doit travailler sans relâche à l'épanouissement de toutes ses potentialités ; son Atelier, ses soeurs et ses frères constituent pour lui l'instrument indispensable de cette libération, de la même manière qu'il représente pour eux le garant le plus sûr de leur propre liberté.
La Franc-maçonnerie a compté dans ses rangs un grand nombre d'hommes célèbres: Goethe, Voltaire, Mozart, Joseph Bonaparte, La Fayette, Georges Washington, le général Montcalm, John Molson, Honoré Beaugrand, Claude Dénéchau, et bien d'autres. Mais qu'ils soient illustres ou non, pauvres ou riches, tous les maçons dans le groupe sont placés sur le même pied d'égalité.
En effet, tous ont été initiés de la même manière : ils ont dû subir les mêmes épreuves, répondre aux mêmes questions, prêter le même serment. Tous utilisent les mêmes outils symboliques. Tous, membres à part entière de la même association, ont les mêmes droits et les mêmes devoirs, qu'ils soient chefs d'état, banquiers, fonctionnaires, artisans et ouvriers. Il n'est pas rare, par exemple de voir un frère, ayant une haute fonction sur le plan professionnel, s'incliner avec respect devant le Président de son groupe. En fait, l'égalité, pour un maçon, c'est l'assurance même de sa juste place dans la perspective d'une évolution globale de l'humanité. De plus, sans ce principe intangible, la justice la plus élémentaire ne peut avoir cours.
Sans amour, aucune famille ne saurait exister. Or la Franc-maçonnerie est une grande, une très grande famille, dont tous les membres, hommes et femmes, cheminent ensemble vers le même idéal. Même s'ils ne le vivent pas tous de la même façon, cet idéal commun les amène tout naturellement à se considérer Frères et Sœurs. «Fraternité» est d'ailleurs un des mots les plus vieux de la langue maçonnique ; son existence remonte à la période opérative. Mais c'est «d'Amour Fraternel» dont il nous faut parler, si nous voulons donner à ce mot toute sa force de cohésion. De plus, cette Fraternité dont nous faisons l’expérience à l’intérieur de la la Franc-maçonnerie , n’est qu’un prélude à celle que nous devrions manifester vis à vis de tous les Êtres Humains.
La Fraternité maçonnique s'exprime d'une manière pratique par la solidarité. Elle est une obligation impérieuse pour tous et chacun. «Le Franc-maçon a pour devoir, en toutes circonstances, d'aider, d'éclairer, de protéger son frère ou sa soeur, même au péril de sa vie et de le (ou la) défendre contre l'injustice». De plus, cette entraide s'étend aussi aux proches d'un frère ou d’une soeur dans une situation difficile, épouse ou mari, enfants ou parents. Cette solidarité constitue d'ailleurs un des aspects les mieux connus de la Franc-maçonnerie , qui a fortement contribué à répandre son image de marque dans le monde entier. Hôpitaux, crèches, oeuvres de bienfaisance, mouvements de jeunesse, tels que le scoutisme, en sont les réalisations les plus concrètes.
L'amour fraternel toutefois ne peut librement éclore et s'épanouir entre frères et soeurs sans la pratique d'une vertu essentielle : la tolérance. Etre tolérant, c'est admettre l'opinion d'autrui, même si celle-ci diffère de la nôtre ou d'une vérité communément admise. Etre tolérant, c'est également prendre conscience que les faiblesses du prochain ne sont qu'un pâle reflet de nos propres défaillances. Etre tolérant, c'est accepter enfin de modifier son comportement avant de penser à critiquer les autres.
Chaque homme ici-bas travaille à découvrir sa vérité. Lorsque, par bonheur, la vie lui en révèle certains aspects, il s'imagine facilement l'avoir dévoilée toute entière. En fait, il n'en possède qu'une parcelle infime. Cependant, fasciné par sa découverte, il peut vouloir l'imposer aux autres, sans se préoccuper de sa valeur toute relative. De la même façon, on a toujours beaucoup plus d'indulgence pour ses propres faiblesses que pour les erreurs d'autrui. Enfin, il est certainement plus commode de vouloir changer les autres que de se remettre soi-même en question.
Pour ces diverses raisons, la Franc-maçonnerie s'efforce d'inculquer la tolérance à chacun de ses membres, en étant bien consciente que seul l'Amour peut transcender toutes les déficiences humaines. C'est aussi pour les mêmes raisons qu'elle se refuse à toute forme de dogmatisme politique ou religieux : Erreur aujourd'hui peut demain devenir Vérité !