Qu'est-ce que la Franc-maçonnerie?
Pourquoi s'engager aujourd'hui?
Conférence présentée à Montréal, le 12 septembre 2005
Qu’est-ce que la Franc-maçonnerie ?
Un arbre aux multiples racines réelles ou légendaires, avec un tronc commun et de nombreuses ramifications qui correspondent à différents besoins des individus.
Nous tenterons d’abord de définir les points communs qui composent le tronc de l’arbre.
C’est une association de personnes qui ont en commun un idéal d’amélioration de soi-même, de construction d’une société meilleure, basée sur des principes de tolérance, d’égalité entre tous les être humains, de liberté de pensée et de condition, de fraternité ou de solidarité entre elles et le reste de l’humanité. C’est une société initiatique qui ne dispense pas d’enseignement, mais propose une méthode de réflexion symbolique.
L’initiation est une cérémonie ou un scénario dramatique au cours de laquelle on confronte la personne qui demande à être admise à un certain nombre de situations archétypales ou émotives, qu’elle ne peut décoder que d’une manière symbolique. L’initiation ou mise sur la voie- n’est pas un ensemble d’enseignements secrets, elle parle à l’intuition, à l’imagination, à la réflexion personnelle. Ce ressenti, difficilement exprimable puisque émotif constitue le fameux secret maçonnique : une impression intime ressentie ce jour là, ou par la suite.
Ces symboles sont surtout ceux des constructeurs de jadis : l’art de travailler une pierre, soi-même, afin qu’elle puisse faire partie d’un édifice harmonieux. On travaille une pierre armé d’un maillet et d’un ciseau qui lui donne une forme, puis on la polit… On vérifie ses angles à l’aide d’une équerre, ses mesures à l’aide d’un compas…
Pour s’améliorer soi-même en vertu de ce que nous connaissons de nous, pour se connaître, il faut un travail personnel d’introspection, d’observation et de confrontation avec nos propres réactions lorsque nous sommes en groupe. C’est dans les rencontres et les discussions qui s’ensuivent que l’on apprend à mieux se connaître tel que nous sommes en société, ou tels que nous réagissons face à des opinions divergentes ou des situations conflictuelles.
Le travail dans ces groupes qui s’appellent « loges » se fait dans un cadre harmonieux, régi par un rituel symbolique qui prédispose à l’ouverture et, idéalement, la concentration, au calme et à la lucidité.
Ces rituels constituent une rupture avec la vie de tous les jours, nous placent dans un contexte qui fait sens.
Lors des discussions qui peuvent porter sur des sujets sociaux, ou de préoccupation universelle, comme sur des symboles ou l’analyse des rites pratiqués, une discipline dans la manière dont est donné la parole prédispose à une liberté et à un autocontrôle de l’expression, qui permet l’écoute de l’autre, et l’argumentation intellectuelle ou sensible.
La Franc-maçonnerie se méfie des dogmatismes et des vérités révélées, qu’elles viennent des églises ou des partis politiques ou de toute autre autorité qui ne se fonde pas sur une raison d’être bien précise.
Elle prétend donc chercher la vérité, et non pas la détenir.
Elle regroupe des personnes qui pensent que l’être humain est perfectible et que les groupes harmonieux et qui font avancer réellement les situations ne peuvent être efficaces que si chacun veille à se perfectionner soi-même et penser à autrui avant soi-même.
Dans les Obédiences libérales, sont considérées admissibles toutes les personnes « libres », c’est-à-dire non assujetties à des idées toutes faites, à des fanatismes ou à des vices pernicieux, minimalement maîtresses d’elles-mêmes ou travaillant à en acquérir le contrôle et ayant de bonnes mœurs, bref, ne cherchant pas sciemment à nuire à autrui ni par vol, forfaiture, crime ou tromperie.
Certaines Obédiences font obligation à leurs membres de croire en Dieu, ou en un principe créateur appelé « Grand Architecte » de l’Univers.
Les Obédiences libérales leur laissent la liberté de croyance ou de non croyance métaphysique.
Parmi les diverses branches de l’arbre nous allons considérer d’une part la Franc maçonnerie traditionnelle, qui se dénomme elle-même « régulière », et qui est fidèle à la tradition de la Grande Loge de Londres. Cette maçonnerie, née en pays anglican et ayant proliféré dans les anciennes colonies anglaises ou dans les pays protestants, voire même dans certains pays catholiques, provient en ligne droite de la première forme de maçonnerie moderne instituée en 1717, qui s’est répandue très rapidement en Europe et dans le monde. Elle est aussi la plus ancienne et la plus conservatrice. Elle n’admet que des hommes et des hommes croyants.
La deuxième branche est née en France en 1877, en abrogeant l’article des Constitutions qui faisaient obligation à leurs membres de croire en Dieu.
Cette maçonnerie est dite libérale, avec le sens que le mot de libéralisme avait à l’époque. Elle est laïque en ce sens qu’elle accepte sur un même pied croyants et incroyants, athées ou déistes. Elle travaille « au progrès de l’humanité », en ce sens qu’elle discute de problèmes sociaux et recherche parmi les discussions en loge d’autres solutions que celles des fondations philanthropiques que les Traditionnels soutiennent et considèrent comme seule action possible commune.
Alors que les Traditionnels s’interdisent de discuter de questions politiques, sociales et religieuses pour éviter les conflits d’opinions qui pourraient semer la discorde entre ses membres, la maçonnerie libérale, et certaines obédiences plus en particulier, s’autorisent de telles discussions, en autant qu’elles ne mettent pas en cause la politique de partis, mais le bien fondé ou l’utilité des lois et leurs carences ou utilités.
Parallèlement à cette maçonnerie libérale laïque, se sont développées tout au long du XVIIIe siècle, des obédiences dites spiritualistes, ou ésotériques, qui placent au centre de leurs préoccupations le symbolisme qu’il soit de nature métaphysique, alchimique, kabbalistique, ou les rituels égyptiens. Elles constituent de nombreuses branches.
Alors que les femmes n’étaient pas admises parmi toutes ces obédiences jusqu’à la fin du XIXe siècle, et qu’elles ne le sont toujours pas dans environ 80% d’entre elles, sauf dans des loges « d’adoption » qui travaillent sous la direction des hommes, la fondation en 1893, de l’Ordre « Le Droit humain » les y admet sur un pied d’égalité. Suivront au milieu du XXe siècle des Obédiences essentiellement féminines.
Franc-maçonnerie mixte et féminine se sont considérablement répandues depuis dans le cadre de la franc-maçonnerie libérale et spiritualiste.
Pourquoi s’engager dans la Franc-maçonnerie aujourd’hui ?
On peut se demander aujourd’hui, à l’aube du XXIe siècle, alors que les sociétés d’entre aide, les associations humanitaires qui poursuivent le même objectif que la franc-maçonnerie, que les groupes de discussion prolifèrent, sur internet ou ailleurs, en quoi la franc-maçonnerie, si progressiste en son temps, peut encore apporter une réponse à des individus.
La Franc-maçonnerie a été fondée par une élite intellectuelle ou de fortune, pour l’entre aide mutuelle, la recherche intellectuelle et le partage de connaissances, via l’initiation.
Que reste-t-il aujourd’hui de ces motivations pour devenir Franc-maçon?
Pour ce qui est de l’entraide mutuelle toutes sortes de formes d’entraide, certaines créées ou soutenues par des membres de la FM ont été depuis mises sur pied pour répondre aux divers besoins que peut connaître un individu dans notre société moderne. En ce sens, donc, cette motivation d’entraide mutuelle ou étendue à d’autres n’est plus très pertinente; à tout le moins, peut-on trouver ailleurs diverses réponses.
La motivation de recherche intellectuelle paraît de moins en moins une raison suffisante pour devenir FM.
À l’époque d’internet avec ses clavardages, ses forums et ses multiples réseaux d’information, à l’époque de la multitude de ressources d’information très variées, il semble que la fm apparaît comme une façon bien archaïuque de tenter de « découvrir » quoi que ce soit.
La motivation de partager des connaissances via l’initiation reste peut-être une motivation encore suffisante. En effet le partage est autre chose que l’acquisition de connaissances et ne peut se faire que dans un contexte d’échanges personnels, dans un climat de confiance et de respect.
Quant à elle, l’initiaiton reste encore un phénomène qui revêtr suffisamment d’intérêt et de mystère pour en intéresser plusieurs. Mais ceci n’explique pas vraiment cela. En effet, le partage des connaissances par l’initiation se fait par bien d’autres méthodes…. symboliques, imaginatives.
La franc-maçonnerie libérale mixte répond:
Mais si en principe notre maçonnerie accepte toutes sortes de personnes, il ne sufit pas d’être « libre et de bonnes mœurs », l’expérience nous le démontre.
Le langage initiatique ou symbolique ne convient pas à tout le monde. Beaucoup de personnes y sont réfractairers ou trouvent les rituels désuets, et le langage symbolique hérmétique.
D’autres personnes, qui ont des visées d’amélioration de la société ou de soi-même trouveront que les méthodes maçonniques, indirectes et non directives ne vont pas assez vite. Car nos loges ne sont pas des groupes de croissance personnelle, pas plus qu’elles ne sont des cellules d’action-choc pour l’avancement de certaines réformes sociales ou humanitaires.
Enfin, d’autres personnes n’aiment pas travailler en groupe, ou préfèrent travailler dans des groupes dont les objectifs sont plus précis et nettement délimités, avec des personnes qui ont plus de points communs intellectuels, spécialisés, ou ayant déjà les mêmes opinions sur des questions qui les préoccupent.